Legendes du Poker : Bobby Baldwin

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Bobby Baldwin est une énigme. Une personne brillante. Champion du monde de poker aux World Series of Poker et directeur de casinos, tout semble lui réussir. Il est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de tous les temps.

Bobby a connu une enfance typique de la classe moyenne américaine du début des années 50. Et rien dans l'histoire de sa famille ne le prédisposait à atteindre une envergure mondiale au poker. Mais c'est bien ce qu'il fit après avoir pour la première fois goûté au jeu à l'âge de 12 ans. C'était en 1963. Ses adversaires de l'époque, tous du même âge, avaient déjà appris à jouer bien avant lui. Le poker était largement répandu dans sa ville de naissance, à Tulsa, dans l'Etat de l'Oklahoma. Bobby était un débutant, et il perdait.

La seule anecdote notable au sujet de ses premiers pas dans le monde du poker était ce rush qu'il disait ressentir lorsqu'il jouait. A l'inverse, il s'investit plutôt dans le billard, et quand il était au lycée, la légende dit qu'il était quasi imbattable.

Le billard, comme le poker, lui est sans doute venu naturellement, mais il dit avoir travaillé dur pour améliorer son jeu. En fait, il passa beaucoup de son temps à jouer aux tables de billard, il y gagnait un peu d'argent. Lorsque son niveau devint conséquent, il se fit une idée particulière de la compétition : "Je ne crois pas à l'arnaque, à cette vieille idée de mal représenter votre talent pour ensuite prendre avantage sur votre adversair." De ce fait, Bobby raconte avoir appris assez tôt que la plupart des joueurs "appréciaient la compétition et qu'ils joueront contre vous parce que vous êtes bon."

De ces leçons précoces apprises en billard lui est venue cette conception du beau joueur : vous pouvez être un beau dans la victoire, mais aussi dans la défaite.

Personnellement, je n'ai jamais rencontré une personne plus calme et plus désarmante de sympathie que Bobby Baldwin. Son tempérament est légendaire dans la communauté du poker. Même au plus fort de la bataille, son comportement est toujours le même. Doyle Brunson, également crédité d'un tempérament très stable, a dit de Bobby ceci: "Croyez-moi, pour une personne aussi compétitive que Bobby, ce calme extérieur est un trait de caractère maîtrisé, que l'on ne se trompe pas, personne n'est né avec ce don naturel."

Baldwin a fréquenté l'Université de l'Etat de l'Oklahoma, tout en continuant à jouer au poker et au billard. Durant sa seconde année d'étude, lui et son groupe ses amis au poker ont fait un voyage à Las Vegas. C'était en 1970. Bobby avait 19 ans. Il se voyait déjà joueur. Selon Mike Caro et le récit d'un journal local, Bobby y perdit la totalité de son argent, 5.000$. Au casino Aladdin, il réussit à obtenir un crédit de 500$, il perdit 425$. Puis, il est entré dans l'une de ces périodes de chance que l'on ne rencontre qu'une fois dans sa vie. Lors des six heures suivantes, Bobby gagna 38.000$. Ce n'était que le début. Lorsqu'il est rentré chez lui (avec une valise remplie d'argent), Bobby avait gagné plus de 180.000$.

Il tenta par la suite d'être sérieux face à son nouveau budget, en investissant en bourse. Mais il investit aussi dans un second voyage à Las Vegas. Puis il tenta sa chance au cours quelques parties de poker locales. En moins de trois mois, il était ruiné, mais Bobby était convaincu que son futur était bien le poker. Il rejoint alors le "country club" local et commenca à se trouver de « bons clients » au poker, il se rendit aussi dans des villes proches pour participer à de bonnes parties.

Alors que sa bankroll s'améliorait, il essuya de grosses pertes après avoir parié sur des matchs NFL (le championnat de football américain). Il se débattait entre les hauts et les bas d'une vie de joueur. Il se maria avec son amour d'enfance et divorca moins d'un an plus tard. Selon Bobby, « elle ne se serait jamais adaptée à mon style de vie, elle voulait une sécurité, et ce n'est pas quelque chose que l'on peut trouver après de la plupart des joueurs."

Cependant, peu après le terme de leur mariage, Bobby rencontra celle qui allait devenir sa future femme, Shirley. C'était une mère célibataire, elle était davantage enclin à accepter les déplacements incessants de Bobby. Même si cela n'allait pas être simple, Bobby put fonder une famille avec Shirley. Ils eurent une fille, Staci.

Lors des deux années qui suivirent, Bobby entra sur le circuit professionnel du Sud des Etats-Unis, apprenant son métier et accumulant de l'expérience en regardant les coups réalisés par des joueurs comme Amarillo Slim ou Puggy Pearson. Il apprit également à ne plus miser sur les rencontres sportives après un weekend désastreux à la fin de l'année 1973, après avoir dépensé 80% de son budget sur cinq matchs. Le poker serait son unique gagne-pain pour les dix années à venir.

Doyle Brunson plaisante à son sujet : "J'étais impatient de jouer contre ce nouveau gamin, Bobby Baldwin, mais avant de comprendre ce qu'il se passait lors de notre première rencontre, j'avais déjà perdu 40.000$." Les années suivantes, Doyle était encore impressionné par Baldwin qui avait accroché à son palmarès des tournois World Series Of Poker en Stud et en "Deuce-to-seven-Lowball" en 1977. Doyle lui demanda d'écrire la partie consacrée au Limit Hold'em de son fameux essai « Super System ». Bobby était alors âgé de 26 ans.

Entre l'écriture et l'édition de l'ouvrage désormais mythique, Bobby remportera le tournoi Hold'Em 10.000$ des World Series Of Poker (WSOP) en 1978. Il allait en gagner bien d'autres. On entend encore aujourd'hui à son propos des éloges de la part des meilleurs joueurs de poker. Bobby Hoff, arrivé second au tournoi majeur des WSOP en 1979, lui-même un excellent joueur de no-limit, raconte que Baldwin "est le meilleur joueur de no-limit contre qui il ait jamais joué." Bob Ciaffone, qui se souvient avoir rencontré régulièrement Bobby à Dallas au milieu des années 1970, ajoute : "Il est brillant. C'est un joueur de poker très intelligent, très raffiné, un pur joueur."

En dépit de ses qualités au poker (ou grâce à elle), Bobby étonna son monde en acceptant un emploi auprès de Steve Wynn au casino « Golden Nugget » en 1982 à Las Vegas. Il remania la salle de jeu, puis enchaîna sur d'autres projets. Il devint directeur du "Golden Nugget" en 1984.

Baldwin continua à jouer aux tables de cash games, souvent en compagnie d'amis comme Doyle Brunson et Lyle Berman. Mais il passa le plus clair de son temps à travailler dans l'industrie des casinos et des jeux.

En 1987, Bobby est devenu directeur du nouveau casino "Mirage", puis du "Bellagio". Apres que Steve Wynn ait vendu ses parts, Kirk Kirkirian nomma Baldwin directeur général du groupe "Mirage Resorts".

Shirley, la femme de Bobby et mère de ses enfants Staci et BJ, est décédée en 1996. Il s'est remarié depuis, il vit avec sa nouvelle femme Donna McNeil et son fils BJ à Las Vegas. Quand il dipose de temps libre, on peut rencontrer aujourd'hui Bobby dans les plus grandes parties de la ville, souvent au « Bellagio ». Son budget de poker n'est probablement plus un problème pour lui, avec un bonus de plus de 7 millions de dollars prévu au contrat signé avec Kirk Korkorian en 2000.

Bobby Baldwin a été sélectionné en 2003 pour figurer au "Poker Hall of Fame", une liste des meilleurs joueurs de poker de tous les temps. Si un jour il existe la même distinction pour les directeurs de casinos, Baldwin y sera aussi sans aucun doute élu.

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