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Le poker, un sport intellectuel ?

Longtemps reclu dans l'univers sulfureux des "jeux d'argent et de hasard", le poker est aujourd'hui aussi considéré par certains comme un sport. Est-ce un hasard si l'ancien champion de tennis allemand Boris Becker et le champion du monde français Fabien Barthez sont désormais les figures de prou de salles de poker en ligne ?

Jeu de hasard... Sport... Ce déplacement sémantique emporte plus de conséquences qu'on ne le croit. Alors que le poker envahit la planète et touche le grand public par le biais de la télévision et de l'Internet, les joueurs chevronnés et les acteurs économiques hier confinés dans un microcosme sont confrontés à un exercice ardu : parler ou faire parler du jeu dans l'arène de la sphère publique.

Or pour parler à tous, il est nécessaire de jongler avec des références communes. Quelles sont-elles aujourd'hui ? Le poker est-il d'abord un jeu d'argent, sujet à suspicion ? Peut-on désormais parler de préparation, de compétition, d'effort et de règles ? En un mot, le poker est-il aussi un sport ?

Le poker sous surveillance

Parler en société de poker au quotidien, c'est parler tout d'abord et inévitablement de jeux d'argent et du hasard, de ses valeurs et de sa mise sous surveillance par les autorités publiques. De quoi vont s'entretenir un joueur et un non initié ? De la valeur de l'argent, de la part de chance et d'adresse dans le jeu, de la légalité d'un tournoi on-line ou privé…

Traditionnellement, le poker porte des valeurs subversives. Le poker véhicule une perception de l'existence allant à l'encontre des références ambiantes ou traditionnelles sur la sécurité, l'argent, le travail et l'effort, la santé psychologique ou encore la protection du plus faible.

Pour une frange importante de la population en France, le poker est à classer parmi les activités immorales, excessives, centrées sur les gains et les pertes hasardeuses et pratiquées par les riches hommes d'affaires ou dans les milieux interlopes. En somme, le poker n'est pas une activité de « bon père de famille ». Le joueur de poker prend des allures de punk. Il était donc jusqu'à présent difficile de s'épancher publiquement sur le sujet sans un désaccord de fond. C'est notamment la raison pour laquelle le jeu est fortement circonscrit dans un champ du discours, un univers très spécifique : le « jeu d'argent et de hasard ».

Pour la télévision, pas de doute, le poker est un sport

Or, de façon presque insoupçonnable, le poker investit un univers autrement plus universel, moins conflictuel et prometteur en France : le « sport ». Et c'est encore grâce à la télévision.

Le plus gros tournoi de poker européen, l'European Poker Tour, est diffusé sur une chaîne spécialisée dans le sport, « Eurosports ». La chaîne RTL9, qui diffuse les World Series of Poker sous la houlette du champion de bridge et aujourd'hui champion de poker Michel Abécassis, présente son émission comme suit : « Le poker est devenu en quelques mois un véritable phénomène de société et un sport à part entière ».

L'émission « World Poker Tour » sur la chaîne Canal + a longtemps été co-animée par un journaliste sportif, Denis Balbir. Patrick Bruel, consultant de l'émission, ne cesse de le répéter dans les médias : le poker est un sport, car il demande une très bonne préparation physique pour aborder les longs tournois.

Aux Etats-Unis où le poker grand public est porté à son paroxysme, c'est ESPN, l'une des plus grosses chaînes de télévision américaine spécialisée dans le sport, qui détient le monopole exclusif de la diffusion des World Series of Poker, la plus grande compétition internationale de poker (décidemment, le poker aime les monopoles).

L'Equipe : du passe temps au sport cérébral

Ces derniers temps, l'idée que le poker puisse être un sport vient d'effectuer un pas décisif en ralliant à ses côtés la presse écrite et non des moindres.

Après avoir un temps raillé, le jeu sous la plume de Pierre-Michel Bonnot, pour qui le poker est « un passe temps de moules de bouchots nicotino-dépendantes », le quotidien sportif L'Equipe intronisait en février 2007 le poker dans son magazine de fin de semaine : « Aujourd'hui, le jeu de carte est considéré comme un sport cérébral, et sa pratique ne cesse de se développer, près de 500.000 Français en serait devenu accroc. Ce changement de statut s'explique avant tout par le succès grandissant des émissions de télévision qui lui sont consacrées. » Le poker est un « sport cérébral » découvre l'équipe… ou encore un « véritable sport intellectuel » entend-on également parfois dans les cercles de jeu après des dizaines d'heures passées autour d'une table à chercher la meilleure décision avant, devant, et après le flop.

Le scepticisme des athlètes

Malgré le travail de préparation, l'intelligence de jeu et les facultés de résistance mentale que demande le poker, ce nouveau concept laisse sceptique bon nombre d'athlètes mécontents que leurs qualités physiques soient ainsi galvaudées, comme le relèvait le quotidien américain USA Today dans un article daté d'avril 2006 à propos de la popularité grandissante du jeu. « On transpire, c'est vrai, mais seulement lorsque l'on perd beaucoup » ironise John St. Clair, joueur de football américain de l'équipe des Chicago Bears.

« Il n'y a aucune activité physique dans tout ça » ajoute dans les colonnes du quotidien le champion olympique de saut en longueur Dwight Phillips. USA Today cite également un ancien producteur exécutif de la chaîne ESPN, Bob Chesterman : « Ce n'est pas du sport. Comment le poker pourrait être un sport ? C'est une compétition, et l'audience adore ça. » dit-il.

Sport : physique, mental, cognition

Alors, le poker est-il un sport ? Tout d'abord, relevons l'absurdité de fond de la question. Une activité est un sport si deux ou plusieurs personnes discutent entre elles et sont d'accord pour le dire. Il existe autant de réalités que de perceptions. Il se trouve que l'assimilation du poker dans la sphère du sport engendre des polémiques. Donc, le poker est parfois un sport !

Ensuite, une activité est également un sport si une autorité légitime le déclare comme telle. Selon le dictionnaire Littré, l'origine française du terme sport remonte au terme de l'ancien français « desport » ou « déport », synonyme d'amusement. Pour certaines chaînes de télévision spécialisées, le poker Hold'em est un sport. Il s'agit tout bonnement d'une compétition divertissante.

Si l'on se tourne vers les dictionnaires modernes, le poker ne semble par contre pas remplir l'ensemble des critères posés. Selon le dictionnaire « Trésor de la langue française » du CNRS, le sport est une « activité physique, le plus souvent de plein air et nécessitant généralement un entraînement, qui s'exerce sous forme de jeu ou de compétition, suivant des règles déterminées. » Le poker est un jeu, il possède des règles déterminées, et le poker de tournoi est une compétition. Il reste que l'objet principal du poker n'est pas une activité physique si on l'oppose comme il est d'usage à une activité intellectuelle.

Le poker n'est pas un sport dans le sens où ce n'est pas une activité basée principalement sur l'exercice physique. Le jeu ne dépend pas d'une réponse motrice, d'un acte moteur spécifique à une situation.

Par contre, le poker en possède les attributs au niveau mental : c'est jeu, une métaphore de la vie et de la mort, une compétition qui commande de respecter des règles, il nécessite un entrainement et une certaine hygiène de vie pour une pratique de haut niveau.

Olympisme : "mind sport"

Le poker, sport mental ? Aux yeux du comité international olympique, l'activité sportive reconnue par l'institution relève « d'un style de vie fondé sur la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. » La fédération internationale de bridge est reconnue par le comité olympique en tant que « mind sport ».

Pourquoi pas le poker ? C'est en tout cas l'idée que souhaite faire avancer le site Internet pokerinathens.com sponsorisé par la salle virtuelle de poker Full Tilt. Tristement, le mouvement vient de perdre son principal soutien au sien du comité olympique. Le vice-président suisse du comité, Marc Hodlder, est décédé en octobre 2006.

Un art martial ?

Et les joueurs dans tout ça ? Ils pourront s'estimer surpris et heureux de pouvoir désormais faire du sport tout en fumant aux tables leurs cigarettes. Plus sérieusement, nombre de joueurs poussent notamment sur les forums on-line pour que le poker soit reconnu en tant que sport de compétition, si ce n'est un art (martial). Et l'on peut se demander si ce tour de passe passe sémantique n'a pour autre but que d'acquérir plus de liberté d'action et d'expression dans la société. Le langage et les limitations de son usage ne sont-ils pas le fruit d'un rapport de force ?

[I]NDR: devenez le premier champion olympique de poker sur Full Tilt

Commentaires

bonie-clyde Spam
bonie-clyde
2008-05-09 13:15

vient de lire l'article, effectivement le joueur de poker n'est pas percu comme un bon pere de famille, effectivement, le poker peut se reveler dangereux, addiction, ruine etc...passer sa vie a joueur n'est pas quelque chose de constructif , d'un certain pôint de vue pour la société (delaissement des etudes, de la vie professionnelle etc...)

d'ou une necessité d'encadrer le poker que je comprends tout a fait, comme dans le domaine de la drogue :), la prevention est necessaire, alors aboutir a une pratique saine, et "sportive", ludique...

effectivement en soulignant que le poker est une discipline intellectuelle, sportive (une pratique noble de la compétition comme dans tout sport) comme le fait cet article

donc, il n'y a t'il pas un danger de laisser premierement l'utilisateur "focusé" sur internet, seul, face a lui meme, chez lui dans un monde clos, en dehors de tout controle ? ou au contraire faut il plus de structures externes ou l'usager peut venir se dedier a sa passion, a sa pratique intellectuelle et sportive sans trop de risques:
pour l'instant les casinos qui mettent en place des structures assez elevées ne repondent pas a cet etat de fait, le jeu a 2/4, 5/5 et 5/10 est risqué dans le sens ou dans l'absolu, peut de gens ont une bankroll, un budget adapté pour joueur a ce genre de table et assumer la variance, au casino de la grande motte, on croise tous les soirs les meme personnes, sont ils tous gagnant sur le long terme, ou court terme, certains sont ils en etat de detresse? je n'en sais rien

alors pourkoi pas multiplier des structures plus basses ou l'on risque moins, ou plus de gens peuvent venir jouer, pratiquer leur discipline sportive et intellectuelle?

il est vrai qu'i lfaut soutenir le poker pour ce qu'il est, une discipline intellectuelle et sportive, mais pour l'instant, le poker reste du gros business geré par de gros intervenants et c un peu frustrant

bonie-clyde Spam
bonie-clyde
2008-05-09 12:40

wouaw, je vais lire l'article, je realise a quel point je suis schizo, je suis un afficionado du poker, mordu, passionné et carrement accro, moi ki ait envie que le poker fleurisse partout, ki aimerait pouvoir ouvrir un cercle sans que ce soit la croix et la banniere, c vrai que je devrai soutenir les discours en faveur du poker

mais j'ai un coté che guevara qui revient tjs, comme un toc :), c vrai que plus l'image du poker sera emphasée et plus l'ouverture sera importante, les progres realisés ont été faramineux depusi ces dernieres années et je suis le 1er a m'en rejouir:

heureux de trouver tant de joueurs, tant de possibilités de jeu desormais sur le net et en dehors, une presse fun et didactique
des sites comme pn qui pour le joueur sont d'une grande préciosité

mais je veux plus, pour l'instant seuls les gros peuvent businesser poker, ca me saoule qu'au jour d'aujourd'hui que d
ans les seuls sites officiels et autorisés que sont les casinos par ex, on joue minimum a du 2/4 euros, c pas un super exemple de democratisation et ces grosses machines que sont les casinos s'en fouttent pleins les poches, bon je concois la demarche, faute de place, on installe kkes tables et il fo kelles rapportent un max, mais on aura fait de veritable progres kan on aura du .25/50 en casino et k il y aura aussi u ncercle dans chaque ville grande et moyenne

PokerNews Spam
PokerNews
2008-05-09 01:01

bonie-clyde a écrit

j'ai pas lu l'article qui ravi bien evidemment tous les afficionados du poker, [...]

mais ce genre d'article pour moi fait un peu propagande, et ramene des clients aux gros qui s'engraissent grace au poker, les proprios des rooms et tous ceux qui surfent sur ce business

Bonsoir Bonie, je t'invite tout d'abord à lire l'article ;)

Ce papier est plutôt censé soulever l'ambigüité du terme "sport" et mettre en perspective le discours de l'industrie du poker qui pousse fort pour que le poker soit considéré moins comme un jeu de hasard et plus comme un sport. Objectif : que le poker soit intégré dans la consommation grand public et soit diffusé sur les chaines sports. La photo illustrant l'article, un verre rempli de whisky et un cigare, est d'ailleurs censé annoncer un certain décalage...

Philippe

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