2021 World Series of Poker

Patrick Bruel défend le poker dans un Stade 2 à charge

Patrick Bruel défend le poker dans un Stade 2 à charge 0001

L'émission sportive Stade 2 a accueilli Patrick Bruel sur son plateau pour un reportage télévisé consacré aux Global Poker Masters disputés à Malte en marge de l'EPT. L'occasion d'un débat s'interrogeant sur les ressemblances entre le poker et le sport...

Présenté par Céline Géraud, Stade 2, comme de nombreux autres médias non spécialisés, a marqué sa présence lors des GPM remportés par l'Italie, la semaine dernière. Après un reportage diffusé en fin d'émission, le thème du débat « Le poker est-il un sport » a laissé place à des discussions plutôt houleuses entre l'un des plus grands représentants français de la discipline, Patrick Bruel, et Arnaud Roméra.

Le tout nouveau président de la Société des Journalistes étant plus là pour faire la critique du jeu que pour répondre à la question du débat. Également présents, Pierre-Etienne Leonard, réalisateur du reportage et Jérome Alonso, ancien footballeur aujourd'hui consultant de France Télévisions qui a un temps représenté la Team 770, ont été plus transparents.

Patrick Bruel s'est retrouvé à défendre le poker en lui même plutôt qu'à devoir chercher les qualités nécessaires à la pratique qui en ferait une discipline sportive. Le chanteur acteur a vaillamment défendu notre discipline face à des questions à charge. Là où l'argent, l’appât du gain et le côté chance du jeu étaient régulièrement remis sur le tapis, l'un des précurseurs du poker en France s'est d'abord concentré sur la préparation nécessaire à un tournoi, une des nombreuses disciplines que compte le poker

"Dans la préparation, il y a un caractère de compétition qui relève du haut niveau", a-t-il ainsi indiqué. Une des composantes du jeu de poker qui explique son succès auprès des sportifs. Tony Parker et les plus grandes stars de la NBA, Rafael Nadal, Teddy Riner, Benjamin Darbelet, Alberto Tomba, Andrei Shevchenko, Cédric Carasso, Boris Becker, Vikash Dhorasoo, Dimitri Szarzewski, Raymond Poulidor sont par exemple des sportifs de niveau international qui n'ont à priori pas sombré dans une pratique néfaste du jeu.

En face, Arnaud Roméra a donc avancé des idées réductrices, enchaînant davantage les clichés plus qu'une réelle réflexion sur les aspects du jeu. "En gros, si on schématise un peu, le poker c'est du mensonge, du bluff et de la chance […] et de la manipulation mentale. [...] Le poker nuit à la santé mentale", une description à charge qui rappelle "l'enquête" sur le poker online parue dans GQ il y a quelques mois.

Ces termes ont provoqué une réaction de celui qui a popularisé le poker en France. Bruel tentant d'expliquer que le travail psychologique sur l'adversaire était commun dans le sport de haut niveau... prenant l'entraîneur de Chelsea, José Mourinho, professionnel du genre, comme exemple. Patrick Bruel aurait aussi pu choisir de parler du dopage et de son traitement médiatique, mais aussi du surentraînement et des gains colossaux (mais mérité dans une industrie qui brasse des millions) des footballeurs ou autres joueurs de tennis.

Et lorsque Arnaud Roméra sort la vieille rengaine financière, abordant le côté "malsain" du rapport des joueurs à l'argent, Patrick Bruel enchaîne lui sur la fierté de représenter la France et met logiquement en exergue l'absence de gains aux Global Poker Masters : "Notre démarche, celle d'Alexandre Dreyfus et des autres, c'est justement de faire une compétition où il n'y a pas d'argent. On peut jouer pour le titre. Là on joue pour un titre", explique-t-il.

Et de continuer en évoquant également le poker en "playmoney", où aucune somme d'argent n'est mise en jeu. De son côté, Arnaud Roméra s'est alors lancé sur les effets néfastes que peut entraîner le jeu, selon une étude d'un journal américain que le chroniqueur n'a d'ailleurs pas citée. "Ce sont des gens qui sont tellement addicts qu'ils sont obligés de se faire interdire de cercles", a-t-il lâché sans jamais parler de la dimension mathématique du jeu qui pourrait permettre aux plus jeunes d'apprendre les statistiques, de pratiquer le calcul mental ou simplement d'apprendre à interagir avec l'autre dans un environnement concurrentiel. Comme l'a finalement lancé un des invités du plateau, avec Mr Roméra, "on est dans le cliché".

L'émission a également été agrémentée d'interventions de sportifs de haut niveau, dont Benjamin Darbelet, vice-champion olympique 2008 de Judo et que l'on pouvait apercevoir régulièrement au Cercle Wagram et à l'Aviation Club de France. David Félix, champion du monde 1998 de Karaté dont on ne saura même pas s'il pratique le poker, a lui ensuite indiqué qu'il ne considérait en aucun cas le poker comme un sport, en particulier à cause du manque de valeurs qu'ont en commun les deux disciplines : "Le sport et les valeurs olympiques, c'est le développement en harmonie des uns et des autres. Je n'ai pas le sentiment que le poker soit dans cet état d'esprit", a-t-il indiqué sans avoir forcément tort.

La nuance veut toutefois qu'un grand joueur soit capable d'empathie pour amener son adversaire à lui livrer des informations et à se focaliser sur les autres participants et que la pratique du sport de haut niveau et la conquête d'une médaille olympique n'ont rien à voir avec une pratique de développement personnel et de développement du corps. Usain Bolt est là pour se faire plaisir avec ses adversaires, il est surtout là pour gagner et battre ses records.

Les émissions cathodiques qui traient du jeu et du poker devraient finalement donner plus la parole aux professionnels du secteur et de l'industrie, probablement plus à même de répondre aux interrogations que suscitent les jeux d'argent. L'émission a en tout cas fait réagir de nombreux Twittos... les spécialistes s'étonnant du traitement réservé à leur jeu favori, les non pratiquants se montrant logiquement très critiques après un programme insistant sur les points négatifs du jeu.

L'émission aura eu le mérite de faire parler du poker et de provoquer un débat parmi les membres de la communauté sur la perception qu'à la société de notre jeu favori. Dans un statut Facebook de Philippe Ktorza très discuté puisqu'il a provoqué une centaine de commentaires, le débat sur la dimension sportive n'est toujours pas tranché. Damien Lhommeau, joueur pro et représentant de la Team Pro PMU, s'est lui déclaré "sidéré" par le traitement proposé par l'émission dominicale alors que le joueur Winamax Ludovic Riehl y allé de son post de blog.

Sport ou jeu de l'esprit, la pratique ludique et responsable du poker méritait probablement un traitement moins partial. Dans un contexte très difficile pour l'industrie tricolore, la rédaction de Stade2 avait surtout décidé de taper là où ça fait mal et de faire le buzz en se servant de la popularité de Patrick Bruel....

Le replay est disponible ici

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