Eric Sfez : "A Vegas jusqu'à ce que je remporte un bracelet"

Eric Sfez :

3eme du dernier WPT National Paris, Eric Sfez parcourt le circuit depuis maintenant 10 ans. Ce joueur de poker amateur, passé par le Gin Rami et le Backgammon, possède un solide palmarès. Cet été, il a manqué de peu un bracelet WSOP. Très discret, Eric Sfez accorde pour la première fois une interview à un média poker. Rencontre.

Eric Sfez lors la table finale du WPTN Paris aux côté de Li, le vainqueur / Copyright Mounir Mahroug
Eric Sfez lors la table finale du WPTN Paris aux côté de Li, le vainqueur / Copyright Mounir Mahroug

Tu viens de terminer 3e du dernier WPT National Paris, comment s’est passé ton tournoi ? As-tu des regrets ?

Mon tournoi s’est parfaitement déroulé puisque j’ai terminé deuxième à la fin du Day 1 et surtout Chipleader à la fin du Day 2, avec une grosse avance sur mes poursuivants. Un seul regret : la dernière main que j’ai joué avec {4-}{4-}. Suite à un limp au bouton de Guillaume Diaz que j’ai pris pour une relance, je me suis trompé de sizing en relançant. Ainsi, lorsque le futur vainqueur a 3bet All in, j’ai eu beaucoup de mal à folder ma main car j’avais déjà engagé une bonne partie de mon stack. Il avait {j-}{j-}. Je sors sur ce coup.

Et pour l’anecdote, Li m’avait aussi éliminé du High Roller avec la même main. Si Li était resté en Chine, j’aurai fait un meilleur WPTN Paris ! [Rires] Je visais clairement une deuxième place. Diaz et Li, mes deux adversaires étaient, tous les deux, de très bons joueurs.

Quel est ton avis concernant l’organisation de ce WPTN Paris ?

J'ai trouvé l'organisation parfaite. L’ambiance était digne d’un EPT. C’était à la fois strict et décontracté. Au Cercle Clichy-Montmartre, il existe un vrai savoir-faire. Les croupiers et les floors étaient très compétents. J’en profite aussi pour tirer un vrai coup de chapeau aux commentateurs du Streaming : Greg Ceran-Maillard, Julien Gaignard et Brian Benhamou ainsi que les joueurs qui se sont succédé au micro. C’est un exercice qui n’est pas facile. C’est toujours top. Enfin, les couvreurs de ce WPTN ont fait un très bon travail : Julien Durepaire, Steven Bensimon et les équipes de PMU. Ce sont tous des passionnés de poker qui connaissent bien le field. D’ailleurs à 14 joueurs left, les commentateurs m’avaient pronostiqué la 14e place ou le top 3, ils ne se sont pas trompés.

De Stu Ungar à Phil Ivey en passant par Davidi Kitai et Roger Hairabedian

Tu es actuellement 17e au classement GPI France. Regardes-tu les classements ?

J’avouerais que je ne suis pas vraiment ces classements. C’est toi qui me l’apprends. Pour moi ces classements ne sont pas toujours le reflet de la réalité. Je connais d’excellents joueurs qui mériteraient par leur niveau d’y figurer en très bonne place et qui n’y sont pas forcément faute de moyen.

Tu joues au poker depuis maintenant plus de 10 ans. Quelles ont été selon toi les évolutions les significatives ?

D’abord, je dirais que le niveau moyen des joueurs a augmenté de manière phénoménale. Je dirai même qu’il n’a jamais été aussi élevé. C’est aujourd’hui beaucoup plus dur de gagner qu’avant.
Ensuite, je dirais, l’apparition de tournois à des Buy-in ultra-élevés, voire indécents. De plus, ces tournois sont souvent re-entry. Je suis contre les re-entry car les joueurs ne sont pas à égalité, la compétition est faussée, je suis contre les inégalités. Je m’interdis de re-entry sur un tournoi alors que je pourrai le faire financièrement.

Autre évolution, au poker, on peut aujourd’hui en faire un métier. C’était très rare lorsque j’ai débuté.
Enfin, toute la préparation que font certains joueurs, c’est aussi une nouveauté. Le Coaching physique et mental, l’alimentation, la gestion du sommeil. La préparation est devenue plus pointue. Les pros ne laissent rien au hasard.

Eric Sfez lors de sa victoire sur un Side lors de l'EPT Monaco en 2014
Eric Sfez lors de sa victoire sur un Side lors de l'EPT Monaco en 2014

Tu fus un grand joueur de Gin Rami et de Backgammon. Ce fut une passerelle pour toi vers le poker ?

Oui, je suis un joueur dans l’âme. J’ai fait effectivement partie des meilleurs joueurs français de Backgammon et de Gin Rami. J’ai eu la chance de disputer une partie de Gin Rami avec Stu Ungar. C’était vraiment le meilleur joueur de la planète.

D’autres joueurs de poker comme François Tardieu, Arnaud Mattern ou Gus Hansen sont passés par le Backgammon avant de jouer au poker.

Quels ont été les moments les plus intenses que tu aies vécus à une table de poker ?

Étrangement, je dirais que cela correspond à des tournois sur lesquels j’ai des regrets. Sur le High Roller de l’EPT Deauville, je perds une succession de coup dans lesquels j’étais à chaque fois favori. J’aurai pu réaliser un magnifique doublé. J’ai terminé 6e. J’ai encore plus de regret cet été après ma table finale des WSOP sur l’Event à 5000 $. Je possède 60 % des jetons à 4 joueurs left et je termine 4e ! Autre moment intense, la bulle de l’EPT Monaco, cette année. Je suis le Bubble Boy. Je perds un coup {k-}{k-} < {2-}{2-} contre Jason Mercier. Rageant !

Sinon, du côté des bons souvenirs, j’ai eu l’occasion de sortir deux fois Phil Ivey. C’était sur un Partouche Poker Tour et sur un EPT Monaco.

Eric Sfez lors de la bulle du Main de l'EPT Monaco
Eric Sfez lors de la bulle du Main de l'EPT Monaco

Tu es un habitué de Las Vegas. Pourquoi aimes-tu cette ville ?

J’aime vraiment tout dans cette ville. Pour moi, c’est vraiment la déconnexion totale. C’est le lieu où je digère le mieux les Bad Beats. Impossible de dormir, je joue, je mange…Et puis je rejoue.

Quels sont les joueurs qui t’impressionnent à une table ?

J’ai balancé tellement de tournois par le passé. Et là sur ce WPTN, j’ai été surpris moi-même par ma capacité à tenir physiquement pendant 4 jours ; c’est très difficile pour l’amateur que je suis de travailler le jour et de jouer la nuit.
Concernant les excellents joueurs, il y en a vraiment beaucoup en France.

J’en citerai 3 pour des raisons différentes. Davidi Kitai est un très bon joueur, très fin et très complet. Je l’avais déjà repéré avant qu’il ne soit connu. Notamment par rapport à un coup que j’ai raconté à plusieurs amis à Vegas et il a été le seul à trouver la main de mon adversaire (chose très difficile à trouver puisque mon adversaire possédait la même main que moi). Ensuite, Roger Hairabedian est pour moi un joueur qui a une présence énorme à une table. Enfin, je parlerais aussi de Stéphane Benadiba, qui est aussi un ami. Il a une gestion de son stack toujours optimale. Même short stack, il sait toujours prendre les bonnes décisions. Il est capable de se sortir de situations compliquées. Il lui manque juste la fameuse Bankroll.

Eric Sfez pendant le WPTN Paris / Mounir Mahroug
Eric Sfez pendant le WPTN Paris / Mounir Mahroug

Tu es un joueur très discret. C’est la première interview que tu accordes alors que tu as réalisé de nombreuses performances. Pourquoi ?

Le poker n’est pas mon métier. Je suis un joueur amateur. Je n’ai pas de raison particulière d’être sous les feux des projecteurs. Ma philosophie de vie est intimement liée au jeu. Avec mon travail, je gagne de l’argent pour pouvoir jouer, je ne joue pas pour gagner de l’argent. Enfin, un petit peu quand même [rires].

Quels sont les joueurs dont tu es proche ?

J’entretiens de bonnes relations avec de nombreux joueurs, mais plusieurs joueurs font partie de mes amis comme Stéphane Benadiba, Stéphane Dosseto, Philippe Ktorza ou encore Lionel Cohen.

Eric Sfez lors du tournoi caritatif pour les "Rois du monde" / Copyright Julien Tissot
Eric Sfez lors du tournoi caritatif pour les \"Rois du monde\" / Copyright Julien Tissot

Tu disputes régulièrement les High Rollers et tu réalises souvent de belles performances. Quelles qualités te permettent de les faire ?

Déjà, ces tournois se déroulent sur 3 jours. Ce qui me convient mieux. Le field, très relevé me motive beaucoup. Ensuite, je suis un amateur, on me connaît peu et j’aime jouer avec mon image à la table. Quelque soit le field, je pense que ma qualité principale est de savoir profiler une table et choisir mes cibles. Ainsi, ma stratégie va varier selon le joueur et le contexte.

Quelles sont tes habitudes online ?

Je suis un grand nostalgique du .com car j’avais de très bons résultats et de très belles victoires. Jusqu’à présent, je jouais plutôt sur PokerStars mais mon cœur balance en ce moment et j’apprécie de plus en plus Winamax. La room est en constant progrès, ce qui ne m’étonne pas, avec Patrick Bruel aux manettes. Je joue plutôt les gros évènements comme les SCOOP.

Quel est ton programme à venir ?

Tout est fonction de mon travail et de ma vie de famille. J’aimerais disputer l’EPT Prague mais tout dépend de mes disponibilités. J’irai à Las Vegas l’été prochain. Tant que je ne décrocherai pas un bracelet, j’y retournerai. Sinon, un jour, j’aimerais jouer le PCA aux Bahamas… Le gagner et refaire une interview ! [Rires] C’était très sympa ! Merci Julien.

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  • Interview exclusive d'Eric Sfez. De Phil Ivey à Stu Ungar, le Français raconte son parcours poker.

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Julien Tissot

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