Psychologie poker : Le syndrome de Cendrillon ou comment ne pas finir en citrouille

Tommy Angelo est coach et auteur de plusieurs livres, dont Elements of Poker et A Rubber Band Story and Other Poker Tales (indisponibles en français). Dans une série d'articles pour PokerNews, il traite du tilt et surtout de comment l'éviter. Aujourd'hui, il aborde un problème fréquent chez les joueurs débutants comme chez les joueurs confirmés : savoir quand quitter la table.

Tommy Angelo et Cendrillon aux WSOP

“Tommy !” ai-je entendu alors que j'apportais un rack de jetons à la caisse de la Pavilion room lors des World Series of Poker. Je me retourne et je vois un homme m'appelant à trois tables de là. Je connais ce visage, cette voix. Mais je n'ai pas la moindre idée de qui il s'agit. Cela m'arrive souvent dans les salles de poker. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'oubli de ma part, mais d'une conséquence l'exposition médiatique.

En nous serrant la main, je n'ai pas cherché à cacher mon ignorance. “C'est moi !” dit-il “Cendrillon !”

Et soudain tout m'est revenu. Il faisait référence au syndrome de Cendrillon, un thème que j'aborde dans Elements of Poker.

Tom !” répondis-je, “content de te voir !

Tom et moi nous étions rencontrés une seule fois auparavant, en 2004. J'écrivais à propos de cette rencontre dans le chapitre “Quitting” [Quitter] d'Elements of Poker.

Voici le passage en question :

Mon troisième client était un homme sympathique vivant à Las Vegas. Il m'avait écrit pour me proposer de m'inviter à un déjeuner où on discuterait poker. Je savais déjà que je serais d'accord.

Nous nous sommes parlés au téléphone et avons convenu de déjeuner ensemble la prochaine fois qu'il serait en ville. Quand nous nous sommes rencontrés, je lui ai demandé de me décrire ses sessions poker, quand il commence, ce qu'il fait quand il se rend au casino, combien d'argent il prend, quelles parties qu'il joue, avec combien il rentre sur la table et pourquoi, comment mise-t-il dans certaines situations fréquentes et quels sont ses résultats jusque là.

Tom était très enthousiaste. Bien qu'il jouait depuis plusieurs années, cela ne faisait qu'un an qu'il s'y était mis sérieusement et qu'il voulait gagner de l'argent en jouant. Il dévorait les livres et les idées, faisait de vrais efforts dans ses stratégies de mises, dans l'analyse de ses adversaires et dans tous les aspects du jeu. Mais au final, ses résultats restaient médiocres.

Alors, je lui ai demandé de me parler du moment où il a l'habitude de quitter la table. Quand ? Pourquoi ? Joue-t-il parfois trop longtemps ? Joue-t-il en sachant qu'il est trop fatigué ? Continue-t-il de jouer quand il a l'impression de jouer comme une merde ?

Voici la réponse dont je me souviens : “J'ai joué cinq nuits par semaine dernièrement, sur les tables de no limit Hold'em à 100$ de buy-in maximum au Mirage. Je commence à jouer à 19 heures et j'arrête vers deux ou trois heures du matin. La plupart du temps, à 23 heures je suis gagnant et je joue plutôt bien. Puis, je perds un pot ou quelque-chose se passe mal et je deviens irritable. Et quelques heures après, je n'ai plus rien”.

Ce que nous avons là est le classique syndrome de Cendrillon” ai-je répondu. “Tu dois partir du casino avant que ton carrosse ne devienne une citrouille à minuit. C'est la seule chose sur laquelle tu dois te concentrer Tom, rien d'autre. Si tu n'acquières pas la capacité de quitter la partie quand tu joues comme de la merde, tu ne feras que perdre encore et encore, nuit après nuit. Il n'y a rien de plus important sur quoi tu doives travailler”.

Il a acquiescé avec enthousiasme. Pendant le dessert et le café, nous fixions des objectifs à court et long terme.

Se sentir bien après une session perdante

Que fais-tu maintenant ?” demandais-je.

La même chose que toi j'espère” répondit-il.

Tu viens juste de jouer ?

Oui, en $2/5 PLO. Ils m'ont pris 900$ ces salauds. Regarde ça” ajoute Tom en ouvrant sa main gauche et laissant voir quelques jetons rouges et verts, quelques centaines de dollars.

Tu as bien fait de quitter la partie !” lui répondis-je.

Tu as raison” dit-il. “Je savais que je devais quitter cet enfer. As-tu vu l'heure qu'il est ?”.

Nous avons ri, continué notre conversations assis à une table vide et ri encore. Il me disait combien c'est incroyable de se sentir bien après une session perdante. Nous étions d'accord et nous sommes quittés en rendant hommage au poker.

Quand j'ai écrit Elements of Poker en 2007, j'avais beaucoup de matière. Cela venait de mes notes pour les séances de coaching, pendant trois ans et avec cinquante clients. Par chapitre allais-je commencer ? Avec un domaine où je suis mauvais. Par un sujet qui serait immédiatement utile à mes lecteurs.

Alors, j'ai commencé par le chapitre concernant le moment pour quitter la table.

Si vous êtes passionné par le poker, que vous n'êtes jamais fatigué de jouer et que vous fantasmez sur les compétences extraordinaires qu'il vous faut pour écraser vos adversaires de la sorte, voici un autre extrait tiré d'Elements of Poker.

Pensez au fait de quitter la table comme un ensemble de compétences à part entière. Il faut savoir quand quitter la table dans les jeux à limites fixes et dans les variantes no limit. Il faut savoir s'arrêter quand on a un couvre-feu et aussi quand on n'a pas. Il faut savoir s'arrêter quand vous vous sentez bien, il faut aussi savoir arrêter la partie quand vous vous sentez mal

.

Ne pas savoir quitter une partie coûte de l'argent mais est aussi très douloureux. Mon conseil est que les compétences requises pour savoir s'arrêter de jouer doivent être travaillées, tout comme les stratégies pour miser de manière optimale. Quand le carrosse devient citrouille, même le plus gros shark peut devenir le fish de la table !

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Tommy Angelo

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